Géopolitique Diplomatie Economie Mer de Chine

Kiosque à journaux — Illustration — Source : Wikipédia (CC)

#Kiosque : Les Philippines dessinent ses (possibles) stratégies en Mer de Chine méridionale

Les Philippines tentent de dessiner ses possibles stratégies face aux revendications de la Chine — 90% de territoire maritime — en Mer de Chine méridionale. Manille semble choisir la voie de la coopération. Quitte à y laisser probablement des plumes !

Litiges dans la Mer de Chine méridionale se retrouvent sur la table lors que le président chinois Xi Jinping et le premier ministre Li Keqiang reçoivent le président des Philippines Rodrigo Duterte à Pékin le 22 mai 2017. Le président philippin Duterte tonne, fidèle à son style propre à la Donald Trump, pendant sa rencontre avec la presse :  «  Je leur l’ai vraiment dit en face, [la Mer de Chine méridionale] c’est la nôtre et nous avons l’intention de forer du pétrole là-bas… Et ils m’ont dit: Eh bien, nous sommes amis. Nous ne voulons pas nous quereller avec vous. Nous voulons maintenir notre relation chaleureuse actuelle. Mais si vous forcez sur la question, nous irons à la guerre ! »

Sans commentaires de la part de Pékin mais ces nouvelles «  confidences » ouvertes du président Duterte vont sans doute faire plaisir à l’opinion public philippin, après une série d’actes et déclarations perçue comme de la «  faiblesse » vis-à-vis de la Chine sur la question de défense de la souveraineté de l’archipel. Rappelons que Pékin revendique de façon unilatérale la quasi-totalité de la Mer de Chine méridionale.

Une semaine avant, le dimanche 14 mai 2017 au «  Belt and Road Forum »  — le forum de la «  nouvelle ceinture et route de la Soie » — de Pékin, l’envoyé spécial du président philippin, M. José de Venecia suggère de transformer la Mer de Chine méridionale en une sorte de «  zone d’amitié et de coopération »  en proposant développement et exploitation conjoints des ressources — pétrole et gaz — par la Chine et les pays d’Asie du Sud-Est. Lorsque M. Rodrigo Duterte était candidat à la présidence des Philippines, lui aussi a déclaré «  qu’il serait disposé à partager [les ressources naturelles] avec Pékin en échange des infrastructures… »  Certains experts philippins, mais aussi le juge adjoint principal de la Cour suprême, M. Antonio Carpio, ont déclaré que le développement conjoint dans la zone économique exclusive (ZEE) du pays est une violation de la Constitution philippine.

Pourtant, Santa Romana, ambassadeur des Philippines en Chine tente tout de même à expliquer cette stratégie à double voie des Philippines«  Si vous mettez les différences au premier plan et au centre des relations bilatérales, vous devez résoudre ce problème avant de pouvoir échanger vos points de vue… »  Donc, il pense qu’il vaut mieux «  d’ouvrir une autre piste pour promouvoir l’économie, le commerce, l’échange éducatif, culturel, sportif » et «  qu’il existe une sphère de relations que vous pouvez accélérer sans renoncer votre revendication de souveraineté. Mettre la sur une piste distincte, ce n’est pas l’abandonner ou la quitter mais plutôt de la compartimenter. »

Et le président Duterte déclare«  Permettez-moi de ne pas entrer dans les détails. Comment nous allons y arriver et  ce que nous allons faire ? Mais permettez-moi de vous dire ceci : les efforts passés ne seront pas gaspillés. Tous les efforts passés, du président Marcos et même avant du président Aquino, nous ne gaspillerons rien. Cela signifie que toutes nos balles et arguments favorables pour les Philippines sont toujours là. »

Mais il est difficile de faire table rase déclarations et gestes auparavant qui ne démontrent pas vraiment la détermination et la crédibilité des paroles présidentielles. Difficile ainsi de convaincre l’opinion qu’il soit philippin ou de ses partenaires d’Asie du Sud-Est. Le rapprochement stratégique opérée, depuis l’élection de M. Rodrigo Duterte, en direction de la Chine continue de faire face à une forte opposition et suspicion de la part de ses homologues d’ASEAN. Pékin ne commente toujours pas la nouvelle sortie présidentielle philippine. Cependant, le sénateur Paolo Benigno Aquino IV qualifie dans la foulée les menaces présumées de la Chine «  gênantes »  et demande «  au gouvernement d’expliquer sa politique étrangère… »  D’autres anciens membres de l’administration Aquino appellent le «  gouvernement à rétablir la coopération avec Washington pour défendre les revendications philippines. »

Toutefois, dans les faits, le gouvernement des Philippines — sans voir le soutien clair des Etats-Unis —  semble ne plus être en première ligne face aux revendications chinoises. Mais Manille se défend : «  l’opinion internationale, surtout régionale pourrait nous reprocher de notre changement de stratégie mais sachant bien ce qui compte pour nous, ce sera de défendre notre intérêt national. Les États-Unis ou les Nations-Unies sont bien beaucoup plus loins que la Chine.  Aujourd’hui, les pêcheurs philippins peuvent pêcher au Scarborough Shoal et pour eux, c’est un signe évident que notre stratégie fonctionne… »

Le Vietnam — après le recul stratégique des Philippines face à Pékin — se trouve désormais en première position défiant l’expansionnisme maritime de la Chine. Tension ou détente ? Un document, publié par le ministère chinois des Affaires étrangères, relate «  qu’après la visite d’État du président vietnamien Tran Dai Quang à Pékin la semaine dernière, les deux pays avaient un échange de vues franc et profond sur les questions maritimes et ont accepté d’utiliser un mécanisme de négociations frontalières existant pour rechercher une résolution durable… » Et dans la conférence de presse qui suit la visite d’Etat vietnamien, Liu Zhenmin, le vice-ministre chinois des Affaires étrangères affirme«  Le problème [maritime] a été discuté, mais le ton principal a été très positif ! » Un autre diplomate de haut rang chinois ajoute : «  les dirigeants de la Chine et du Vietnam ont eu des discussions positives sur les disputes en Mer de Chine méridionale… » A suivre donc !

En 2016, la tension entre Pékin et Hanoi a monté plusieurs crans lorsque Taiwan et des responsables militaires américains ont révélé la présence des missiles terre-air chinoises sur l’île Woody dans l’archipel des Paracels. Le Vietnam a réagi et qualifié les actions de la Chine de «  grave atteinte à sa souveraineté sur les Paracels. »  Cependant, après une série de visites mutuelles de haut niveau sino-vietnamiennes, les relations entre les deux capitales semblent aller progressivement vers une certaine décrispation. Bien que la Chine continue toujours à renforcer ses capacités militaires en Mer de Chine méridionale — construction de piste d’aviation et dotation d’équipements de défense et d’attaque — et à transformer des récifs coralliens en île artificielle.

Par la Rédaction.

Suivez-nous sur Facebook et Twitter @AsPacMedia

Derniers articles dans Kiosque

Go to Top