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Enseigne d'un casino à Macau — Illustration — Crédit © Wikipédia (CC)

Le Japon va accueillir des casinos, et c’est Osaka qui est en passe de gagner le pari face à Tokyo

Les parlementaires ont dit oui le 14 décembre 2016 aux jeux de l’argent. Pour la première fois, le Japon aura ses casinos qui rapporteraient à l’économie japonaise entre 25 et 40 milliards de dollars par an, selon les estimations. Les détracteurs du jeu évoquent l’addiction pathologique des Japonais, déjà très accros, et le blanchissement de l’argent sale de la pègre. Et la grande cité du Kansai — Osaka — aurait la faveur des promoteurs et opérateurs internationaux comme ville d’implantation.

Elle a parfois dans l’imaginaire collectif japonais la réputation d’être la ville un peu « canaille » de l’archipel. Et la tendance risque fort de se confirmer. Osaka, la grande cité du Kansai, semble pour l’instant devoir être la ville qui profitera en priorité de la décision capitale prise par la majorité conservatrice à la Diète japonaise : la légalisation des casinos sur le territoire nippon. Les principaux promoteurs des projets qui devraient voir le jour regardent en effet clairement du coté de la deuxième plus grande agglomération du Japon, au détriment de Tokyo ou de Yokohama. Et les JO de 2020 qui se tiendront pourtant dans la capitale n’y changeront rien, c’est Osaka qui paraît aujourd’hui la terre la plus accueillante pour récupérer la manne du jeu, qui pourrait impacter considérablement l’économie japonaise.
Un marché de 40 milliards de dollars ?
C’est en effet un marché que la banque Mizuho a estimé à 40 milliards de dollars que Shinzô Abe et ses alliés sont parvenus à faire adopter en décembre 2016. La société de courtage CLSA-Asia-Pacific-Markets, elle, plus modeste, envisage « seulement » 25 milliards de dollars pour un format qui devrait être celui dé débuts, à savoir deux « resorts » géants et une dizaine d’établissements plus petits dans un premier temps, sans doute vers 2023 ou 2024 — dont trop tard pour la quinzaine olympique. Reste maintenant à bâtir les nouveaux temples du jeu « Made in Japan » et donc d’obtenir les autorisations nationales et l’accord des préfets locaux pour lancer les chantiers. Et l’accueil fait à ces nouvelles opportunités de développer un secteur touristique et le marché des loisirs diffère selon les régions du pays.
A la faveur d’Osaka.
Lawrence Ho le propriétaire milliardaire de Melco Resorts & Entertainment et héritier de la famille qui a longtemps joui du monopole des tapis verts à Macao a clairement indiqué que le complexe géant qu’il envisage de construire dans l’archipel serait à Osaka, une ville dont il assure qu’elle a plus de potentiel que Tokyo, en plus d’être, selon ses mots, « plus fun », donc plus en adéquation avec « une entreprise qui se spécialise dans les loisirs ».
De manière plus pragmatique, Ho souligne aussi la question d’une plus grande facilité d’installation dans une ville qui a déjà largement de quoi détourner les visiteurs potentiels des tapis verts et des bandits manchots. « Tokyo en soi est déjà une ville incroyable. C’est comme quand on me demande : Pensez-vous que Londres ou New York d’un resort intégré décidé au jeu ? Non, elles n’en ont pas besoin ». En outre, Tokyo souffre aussi d’un coût du foncier très élevé, notamment pour les établissements commerciaux. Le fait que la mégalopole tokyoïte regroupe un tiers des 125 millions d’habitants du pays n’y change rien aux yeux de Lawrence Ho. Et pas uniquement. Les deux autres groupes qui sont en train de peaufiner leur dossier, les américains MGM Resorts International et Las Vegas Sands lorgnent de plus en plus sur Osaka après avoir dans un premier temps proposé des projets à Tokyo et à Yokohama — qui est également dans l’agglomération de la capitale nippone.
En outre, les autorités locales d’Osaka, que ce soit la municipalité ou la préfecture, sont de fervents partisans de la venue des casinos dans le secteur. Le maire et le gouverneur de la préfecture sont deux membres d’un parti conservateur local appelé Ôsaka Ishin no Kai — « le parti de la restauration d’Osaka »  dans la foulée de l’ancien maire, le très charismatique, médiatique et souvent populiste Tôru Hashimoto qui a œuvré pour l’arrivée des casinos bien avant l’adoption de la loi. Il s’est depuis retiré de la vie politique pour animer des émissions de télévision.
En tout cas, si l’opinion d’Osaka par la voix de ses représentants semble favorable à l’arrivée des casinos, la situation à Tokyo est plus délicate. La chef de l’exécutif de l’agglomération tokyoïte, la conservatrice Yuriko Koike, s’est déjà déclaré favorable aux casinos. Mais elle reste mesurée, notamment à l’approche des élections de l’assemblée locale de Tokyo le 2 juillet qui pourraient changer le rapport de force chez des conservateurs qui ne sont pas unanimement emballés à l’idée de voir le Japon accueillir des casinos américains ou chinois.. La capitale reste donc politiquement plus incertaine — en plus d’être chère pour les géants du tapis vert qui, ironie du sort, ne sont plus aussi joueurs au moment de tenter le pari coûteux et politiquement incertain de Tokyo.

Rappelons que le jeu de l’argent au Japon est interdit par l’article 23 du code pénal de depuis 1907 !

Par Damien Durand.

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