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Airbus A-380 — Crédit photo © Airbus Industries

Économie France — ASEAN : des échanges commerciaux en pleine envolée… mais pas pour tout le monde

L’année 2016, a été en apparence excellente pour le commerce entre la France et les 10 pays d’Asie du Sud-Est formant l’ASEAN, et 2017 devrait être sur la même dynamique. Mais le détail des chiffres montrent que tous les secteurs ne profitent pas de cette manne.

Faste. C’est le mot qui peut résumer la tendance du moment pour le commerce entre la France et l’ASEAN qui regroupe dix pays de l’Asie du Sud-Est. Mais si les données générales dressent un portrait flatteur de la situation, avec des hausses de flux d’échanges entre les deux partenaires, le détail des données tempère un peu l’image. Oui, le commerce entre les deux partenaires est en en hausse. Mais il est largement tiré par quelques secteurs moteurs, qui cachent d’autres domaines d’activité en déclin.

La donnée brute tout d’abord. D’après le Service économique régional pour l’ASEAN, basé à l’ambassade de France à Singapour, les échanges commerciaux entre la France et l’ASEAN ont bondi de 7,6% en 2016. C’est une deuxième année consécutive de forte croissance après 2015 avec ses +6,5%, avec, au final, un flux commercial représentant 14,7 milliards d’euros de ventes pour la France et 14,9 milliards de ventes pour l’ASEAN. Pour être tout à fait précis, la balance commerciale française est déficitaire de 174,6 millions d’euros. On est encore loin des quelques 22 milliards d’euros que la France exporte vers la Chine — qui, elle exporte le double vers la France, mais cette hausse semble enterrer la période noire de 2014 avec 7% en moins.

Pourquoi se plaindre alors ? Parce que le dynamisme français vers l’Asie du Sud-Est se résume en grande partie en un mot : l’aéronautique. Ce seul secteur d’activité représente 6,1 milliards d’euros d’exportations, soit pas loin de la moitié du « Made in France » qui part à la conquête de l’ASEAN. L’année 2016 a effectivement été exceptionnelle : plus de 34,4%. Et l’ASEAN, en réalité surtout Singapour et l’Indonésie, permet à Airbus d’afficher des chiffres insolents. Les carnets de commandes de l’avionneur sont largement au vert : 731 ventes en 2016 sur l’ensemble du monde, plus de 5600 avions commandés à livrer, soit huit ans de production dans les bons de commandes. Seul point noir : aucune vente pour le géant A380 pour l’année. Et l’avenir s’annonce sombre pour le « gros format » de l’avionneur : si Singapore Airlines avait passé un contrat de location-vente pour le tout premier A380, celui-ci va s’arrêter en octobre 2017 et la compagnie a décidé de ne pas le renouveler. Les pays d’Asie du Sud-Est veulent des avions plus petits pour assurer les moyens courriers en pleine explosion dans la région.

Or, si l’on retire l’aéronautique, les résultats apparaissent, d’un coup, beaucoup moins avenants, avec même une baisse de 1,2% des exportations hexagonales. Si les produits pharmaceutiques et les inévitables parfums et cosmétiques tirent, sans surprise, leur épingle du jeu, le paysage est bien morose pour le reste, notamment pour les composants électroniques pratiquement éjectés de certains marchés, comme en Malaisie les quelques 41,5% en moins en seulement un an ! La France apparaît de plus en plus comme un fournisseur très spécialisé pour cette région du monde, ce qui n’augure pas, hormis pour les champions nationaux, des meilleures auspices pour l’avenir.

Et ceux qui amorcent plutôt une diversification, ce sont bel et et bien les pays d’Asie du Sud-Est dont les importations commencent — timidement — à ne plus se cantonner à des produits agricoles ou de l’électronique d’entrée de gamme. Le textile reste bien sûr prépondérant accompagné des produits industriels, deux domaines où, en réalité, le « Made in Vietnam, Malaysia ou Cambodia » supplante petit à petit la Chine dont le commerce extérieur devient branlant.

C’est donc une réalité d’interdépendance entre la France et le bloc de l’ASEAN qui se dessine avec, dans les deux cas, une spécialisation de plus en plus poussée des produits qui s’échangent, confirmant au moins sur cet exemple la théorie de l’avantage comparatif de l’économiste britannique David Ricardo.

Reste à savoir quelles seront les perspectives pour l’avenir. Là encore, sur le papier, elles sont bonnes. L’ASEAN pourrait devenir la quatrième économie mondiale en 2050, et, sans se projeter aussi loin, l’OCDE estime que la croissance dans la zone devrait être sur une moyenne dynamique de 5,1% sur l’intervalle 2017-2021. Si aucune crise ne vient casser le beau jouet, les chiffres devraient être encore au vert en 2017. Seul bémol — outre la trop grande dépendance à l’aéronautique — : la France peine encore à faire profiter ses PME du vivier de croissance que représente l’Asie du Sud-Est. Si c’est en 1.600 sociétés françaises qui sont présentes sur la zone via des filiales ou des représentations, les grandes entreprises françaises — moins de 1% du total des entreprises en France — représentent 67% des échanges, ne laissant qu’un petit tiers pour les PME. Une piste d’action pour le gouvernement sur la future piste d’action en faveur du commerce extérieur ? A l’heure où ces lignes sont écrites, aucun ministre ou secrétaire d’Etat dédié à ce portefeuille n’a été nommé.

Par Damien Durand.

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