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Kiosque à journaux — Illustration — Source : Wikipédia (CC)

#Kiosque : Mer de Chine méridionale du 06 au 12/04/2017 : Navires chinois à Luconia — Philippines indécises — Chasseur chinois sur l’île Boisée…

Mer de Chine méridionale dans la presse. Navires chinois près du haut-fond de Luconia en Malaisie ; valse-hésitation des Philippines ; avion de chasse chinois identifié sur l’île Boisée (Woody Island) ; nouvelle corvette en chantier pour la flotte chinoise.

Les hauts-fonds de Luconia. Selon l’Initiative pour la Transparence maritime de l’Asie (AMTI) du Centre des Etudes Stratégiques et Internationales (CSIS), des garde-côtes chinois stationnent en quasi-permanence dans les environs du « haut-fond (1) »  de Luconia (en anglais Luconia Shoals), sur l’île de Bornéo au large de la côte de l’État de Sarawak de Malaisie. Cette présence «  témoigne la volonté de Pékin d’établir un contrôle administratif tout au long de la ligne de neuf traits. »

Rappelons que la Chine a établi unilatéralement les « neuf traits » revendiquant la quasi-totalité de la Mer de Chine méridionale. Les haut-fonds en question se situent au milieu de l’archipel des Spratleys, où la Chine construit des îles artificielles sur des récifs, et les dote de pistes d’atterrissage et d’autres installations militaires. Pékin considère également le banc de James comme la partie la plus méridionale de son territoire. Les haut-fonds de James (James Shoals) et Luconia — selon l’article 131.1 de la Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer (CNUDM) — ne peuvent pas être considérés comme «  îles » donc encore moins de territoires.

Lors d’une visite à Pékin du Premier ministre malaisien Najib Razak, les deux pays ont déclaré que leurs Marines coopéreraient davantage en mer de Chine méridionale, ce qui a été considéré comme une nouvelle tentative de Pékin pour amoindrir l’influence des États-Unis dans la région. La Malaisie a acheté par la suite quatre navires de patrouille chinois…

 

Chinese Jiangdao Classe
Corvette de Classe Jiangdao (Chine)

 

Une nouvelle corvette. La marine de l’Armée populaire de libération (APL) se dote d’un nouveau navire de guerre pour sa flotte de la mer de Chine méridionale pour les opérations de guerre anti-sous-marine (ASW). Il s’agit d’une corvette de classe de Jiangdao et de type 056/056, appelée «  Liupanshui » qui a été mise en chantier à la base navale de Yulin dans la ville portuaire de Sanya, sur l’île de Hainan, le 31 mars 2017. Le nouveau navire de guerre servira dans la « flotte du Sud » chargée de mener des opérations navales chinoises en mer de Chine méridionale, notamment celles anti-sous-marines.

Avion de chasse dans les Paracels. Le centre de recherche « Initiative pour la Transparence maritime de l’Asie (AMTI) du Centre des Etudes Stratégiques et Internationales (CSIS) », a révélé, grâce à une image satellite prise le 29 mars 2017, la présence d’un avion de chasse J-11 chinois sur une piste dans de l’île Boisée (en anglais Woody Island) dans l’archipel des Paracels. Cette nouvelle preuve de la militarisation conséquente par Pékin des Paracels est révélée au public juste avant que Donald Trump soit en Floride pour rencontrer le président chinois Xi Jinping. Ce dernier devrait répondre aux préoccupations des États-Unis concernant l’ambition de la Chine et sa militarisation des avant-postes en mer de Chine méridionale. Un responsable des États-Unis, sous couvert de l’anonymat a déclaré que  « la présence d’un avion de chasse sur l’île Woody n’était pas inattendue. L’île est déjà fortement militarisée, il n’est pas surprenant que nous allions voir des avions militaires là-bas. »

La valse-hésitation des Philippines. Le président philippin, Rodrigo Duterte  a débuté la polémique en ordonnant à ses troupes d’occuper des îles/îlots inhabitées et des bancs/haut-fonds que Manille revendique en mer de Chine méridionale pour «  affirmer sa souveraineté. » M. Duterte lors de la visite d’une base militaire à Palawan, près des eaux contestées : « Allons vivre dans les territoires inoccupés qui sont les nôtres ! Il semble que tout le monde s’empare des îles là-bas. Donc, il nous vaut mieux de vivre sur celles qui sont encore inoccupées (…/…) Nous le revendiquons et nous en faisons des positions stratégiques ! » Les Philippines occupent neuf « entités » — îles, récifs coralliens, hauts-fonds — en mer de Chine méridionale.

Le président Duterte a également déclaré qu’il pourrait visiter l’île de Thitu, la plus grande île de l’archipel des Spratleys contrôlée par les Philippines, et y faire construire une base pour les militaires qui opèrent dans la région. Thitu est proche du récif Subi, l’une des sept îles artificielles des Spratleys que la Chine militarise avec des missiles surface-air et d’autres équipements de défense. Le président philippin vient finalement d’annuler la visite prévue.

Dire est une chose, faire en est une autre. Nous ne voyons pas comment, en pratique, l’ordre du Président Duterte pourrait être exécuté. Certaines de ces îles auraient besoin de travaux de remise en état coûteux et dans des conditions logistiques difficiles. Les garde-côtes chinois pourraient très bien bloquer les navires de transport de matériaux et d’approvisionnement en positionnant ses navires dans les eaux situées près des îles que Pékin occupe.

Comment interpréter les déclarations et commentaires du président philippin ? Nouvelle stratégie ou « plaisanteries » destinées à tester les réactions des capitales concernées par les différends maritimes ? Le professeur Carlyle Thayer, expert sur la Mer de Chine méridionale à l’Académie australienne de la Force de défense de l’Université du New South Wales, pense qu’il est tout à fait clair que «  la consolidation et la militarisation par Pékin des îles « perturbent » sérieusement d’abord les militaires philippins, suivis du président Duterte. » Les Philippines s’inquiètent du fait que la Chine installe des systèmes de surveillance — à but scientifique et environnemental selon Pékin — à Scarborough situé seulement à 12 miles nautiques des côtes des Philippines.

Pour Richard Javad Heydarian, professeur de sciences politiques à Manila De La Salle University, les propos de Rodrigo Duterte étaient surtout destinés à calmer ses responsables de la défense et autres généraux : « Il a certainement ressenti le roussi [chez les militaires], alors il cherche à redorer ses blasons patriotiques ! » Quant au Pr. Thayer, il souligne que les Philippines violeraient la déclaration de 2002 des pays concernés par les différends territoriaux en mer de Chine méridionale, qui stipule le statu quo des occupations : « La Chine pourrait répondre. Et les responsables chinois ont mis [Manille] en garde : si vous faites un, nous allons faire une fois et demi. Si vous en faites deux, nous allons faire deux fois et demi… »

A peine quelques jours après la sortie verbale présidentielle, les militaires des Philippines ont rapidement précisé les déclarations du président Duterte. Re-cadrage ou rétropédalage général de communication. « L’ordre du président a été très clair. N’occupez que les zones existantes que nous avons revendiquées » , a déclaré le 7 avril 2017, un commandant de la marine. « Les Philippines ne sont pas autorisées à occuper de nouveaux territoires dans l’archipel des Spratley, selon l’accord en 2002. Ce qu’il voulait dire en réalité, ce sont les zones déjà occupées », a précisé dans la foulée le porte-parole de la défense philippine, le général de brigade Restituto Padilla, aux journalistes.

Le ministre de la défense, Delfin Lorenzana, a dit qu’il était prévu de réparer et de moderniser les installations dans les Spratley : « Le président fait allusion aux installations telles que des casernes pour les hommes, des systèmes d’évacuation des eaux et des eaux usées, des générateurs d’électricité, des phares et des abris pour les pêcheurs. »

Le président Duterte lui-même a réexpliqué son ordre à l’armée : « J’ai ordonné l’occupation des 10 ou 9 îles qui se trouvent juste à proximité de nos rivages, car il y a une montée des problèmes géopolitiques et, éventuellement, une guerre de basse intensité, voire une guerre violente. Les Philippines n’engagent aucune action militaire, mais les États-Unis le feraient le cas échéant… »

En réponse au président philippin, Pékin tempère mais reste sur ses positions. Dans une conférence de presse du 7 avril 2017, la porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères, Hua Chunying, a exprimé sa «  préoccupation à propos de l’ordonnance du président Rodrigo Duterte. » Pékin appelle Manille à maintenir des liens bilatéraux entre les deux pays. Et la porte-parole a ajouté : « La Chine s’engage à défendre sa souveraineté territoriale, ses droits et ses intérêts maritimes en mer de Chine méridionale, et à y garantir la paix et la stabilité. La situation en mer de Chine méridionale s’améliore et qu’elle mérite d’être maintenue par toutes les parties… »

Notes :

  1. Général (2s) Daniel Schaeffer. Membre du groupe de réflexion Asie21 (asie21.com) : Il est important de préciser la nature d’un haut-fond au sens strict du terme. Ce n’est pas un haut-fond découvrant. L’article 131.1 de la Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer (CNUDM) précise que « Par « hauts-fonds découvrants », on entend les élévations naturelles de terrain qui sont entourées par la mer, découvertes à marée basse et recouvertes à marée haute ». Le haut-fond est encore moins une île puisqu’il est en permanence recouvert par les eaux. Il ne peut donc être présenté que soit comme un ressaut du plateau continental, soit comme un pinacle, reste d’un ancien atoll complètement dégradé et enseveli sous les eaux. En tout état de cause, qu’il s’agisse d’un ressaut ou d’un pinacle, il ne peut en aucun cas faire l’objet d’une quelconque revendication territoriale sauf s’il se situe dans les eaux territoriales de l’état voisin puisqu’il entre dans la constitution normale des dites eaux. En revanche, lorsqu’il se situe dans la zone économique exclusive (ZEE) de ce même état, s’il ne peut pas non plus être l’objet d’une revendication territoriale de la part du dit état, ce dernier y jouit toutefois d’avantages souverains liés au droit à l’exploitation de sa ZEE. De telles précisions sont nécessaires pour comprendre les enjeux qui se jouent dans tous les secteurs ainsi définis de la mer de Chine du Sud…

 

Par Vo Trung Dung et la Rédaction.

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