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Drapeau du Japon — © © Flickr/ Nicolas Raymond

Le Japon relance le «  Trans-Pacific Partnership » (TPP)

«  Trans-Pacific Partnership »  à la sauce japonaise : après le retrait des Etats-Unis, Tokyo veut malgré tout poursuivre le projet et espère bien en tirer profit. Le Japon, troisième puissance économique mondiale, relance l’Accord de partenariat transpacifique (TPP), se pose en challenger de la Chine et compte bien faire revenir les Etats-Unis dans le cercle !

C’est Yoshihide Suga, le secrétaire-général du gouvernement japonais — une fonction qui inclut notamment le rôle de porte-parole de l’exécutif — qui a fait la surprenante annonce le samedi 15 avril 2017. Le Japon, en effet, a décidé de relancer le processus du «  Trans-Pacific Partnership » (en français : l’Accord de partenariat transpacifique) trois mois à peine après que le projet qui aurait pu changer la face du commerce mondial ait été fauché en plein vol par le retrait américain.

Le 23 janvier dernier, Donald Trump élu deux mois plus tôt annonce en effet que les Etats-Unis ne ratifieront pas le traité. Rappelons que le TPP a été signé en février 2016 par 12 pays, mais seul le Japon l’a ratifié. La cause ? La baisse des barrières tarifaires entres les Etats-Unis et les onze autres Etat du pourtour pacifique représenterait un risque pour l’emploi américain. Le patron de la Maison-Blanche parlera même de « job killer ». Or, les Etats-Unis représentaient 60% du PIB des douze pays signataires. Autant dire que c’est un tout autre projet que le Japon veut remettre sur le devant de la scène.

« Nous avons le sentiment qu’un cadre incluant onze pays aurait tout de même du poids » a déclaré Yoshihide Suga. D’autant que le porte-parole du gouvernement a affirmé que si les Etats-Unis ne ratifieront pas le TPP, ils restent tout à fait ouvert à la stratégie que veut insuffler Donald Trump au commerce international américain : le développement d’accords bilatéraux. Ce fût d’ailleurs l’un des thèmes abordés lors de la visite au Japon du vice-président américain Mike Pence le 18 avril. Une session de discussion pour envisager un accord ciblé devrait avoir lieu fin 2017.

Le Japon espère aussi profiter de ce contexte pour être l’initiateur de la reprise de la zone de libre-échange, et des tractations diplomatiques ont été lancées entre Tokyo et les dix autres Etats — l’Australie, le Brunei, le Canada, le Chili, la Malaisie, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, le Pérou, Singapour et le Vietnam. Tokyo espère en premier lieu s’appuyer sur un autre poids lourd de l’accord : l’Australie. Le 18 avril 2017, le ministre du Commerce et de l’Investissement australien Steven Ciobo a rencontré son homologue japonais Hiroshige Sekô, pour confirmer ensemble la volonté que le TPP existe coûte que coûte. Les deux ministres ont déclaré conjointement que, même sans les Etats-Unis, la zone de libre-échange serait source de croissance et d’emploi. Et mercredi 19, lors d’une conférence à l’université Columbia de New York, Tarô Asô, ministre des Finances et numéro deux du gouvernement a confirmé que le recul américain n’était pas un problème pour la mise en place d’un TPP : « Je ne sais pas à quel type d’accord nous arriverons, mais je pense qu’il y a lieu de le faire avec 11 pays, sans les États-Unis » a-t-il déclaré. Les protagonistes du TPP se retrouveront à Hanoï, Vietnam, au mois de mai pour envisager la suite à donner au traité.

Le retournement de situation est d’autant plus étonnant que, au lendemain du rejet américain, tout indiquait que Tokyo allait faire le deuil du projet. Le 24 janvier 2017, Koichi Hagiuda, porte-parole adjoint du gouvernement avait expliqué que cela n’avait « aucun sens » de poursuivre le TPP. Le gouvernement japonais a rapidement tourné casaque.

A noter : le Japon demeure le premier investisseur direct — à long terme et jugé fiable par les pays d’accueil — en Asie-Pacifique et dans les pays d’ASEAN en particulier. Chez les derniers, Tokyo y investit trois et demi plus qu’en Chine.

Le Japon a-t-il réexaminé le potentiel d’un TPP et constaté que, malgré tout, il y aurait un impact positif pour son économie, ou l’archipel obéit-il à des considérations diplomatiques ? En effet, Tokyo annonce la relance du TPP alors que se développent en parallèle d’autres pourparlers, ceux qui concernent le RCEP — le «  Regional Comprehensive Economic Partnership ». Il s’agit d’un projet de libre-échange centré autour de la Chine, et qui inclut les pays de l’ASEAN, l’Australie, l’Inde, la Corée du Sud et… le Japon. Or, malgré le potentiel économique supérieur du RCEP sur le TPP, des inquiétudes sur les sécurités juridiques dans la règlementation commerciale, de même qu’une Chine qui apparaît comme voulant imposer « ses » règles pourraient rendre le TPP plus attractifs pour les pays d’Asie du Sud-Est. Même sans les Etats-Unis — qui ne sont d’ailleurs pas inclus dans le RCEP.

De plus, et Tokyo ne s’en cache pas, un TPP réussi pourrait amener Washington de réviser sa position. Jeudi 20 avril 2017, Yoshihide Suga admettait d’ailleurs que « le gouvernement [japonais] continuera à expliquer avec persévérance les avantages du TPP aux Etats-Unis ».

Le Japon compte développer son commerce international via le libre-échange, pour redonner un souffle à son économie, avec une consommation interne atone, et qui ne va pas s’arranger avec la chute démographique à venir. Il ne faut donc pas nécessairement voir qu’une question diplomatique vis-à-vis de la Chine ou des Etats-Unis. Bon à savoir pour la France, le Japon ayant confirmé le 20 mars lors de la visite de Shinzô Abe à Paris que des discussions pour une baisse des tarifs douaniers entre l’Union européenne  et l’archipel allaient reprendre. Il l’a confirmé le lendemain à Bruxelles alors que le projet avait été stoppé en décembre 2016. Est-ce que le gouvernement nippon attendait la réponse américaine sur le TPP, ne mettant l’accord avec l’UE qu’au deuxième rang de ses priorités ? Difficile à confirmer. Dans l’attente, la reprise des négociations est toujours fixée pour 2017.

Par Damien Durand.

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