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Kiosque à journaux — Illustration — Source : Wikipédia (CC)

Mer de Chine méridionale en kiosque du 31/03 au 05/04/2017 : ASEAN, Chine, Code de conduite, Inde, Malaisie, Indonésie, US Navy, Vietnam.

L’ASEAN et la Chine commencent à discuter le Code de conduite en mer de Chine méridionale ; le Taiwan voudrait bien coopérer avec les Philippines ; L’Inde et le Malaisie expriment leur inquiétude pour la première fois ; l’Indonésie améliore sa capacité militaire à Natuna ; la Navy des États-Unis intensifie ses opérations en restant prudente ; une possible nouvelle stratégie du Vietnam…
  • Les hauts fonctionnaires de l’ASEAN — et principalement ceux des Philippines, du Vietnam et de Singapour — et de la Chine ont commencé à rédiger la première version d’un document cadre juridique dit le « code de conduite en mer de Chine méridionale » (COC). C’était lors de la 20ème réunion « ASEAN – Chine » à Siem Reap, Cambodge, les 29 et 30 mars 2017. Ni ASEAN, ni Pékin n’ont révélé le contenu du projet cadre. Tout le monde se retrouvera en Chine en mai pour la suite…
  • Le 31 Mars, deux navires de la Navy américaine — USS Sterett et USS Dewey — ont quitté le port militaire de San Diego pour se diriger vers la mer de Chine méridionale en pleine turbulence, dans le cadre d’une opération appelée « La troisième flotte en avant » (Third Fleet Forward). La patrouille crée l’événement par son caractère plutôt inhabituel : l’océan Pacifique reste le terrain maritime traditionnel de la Septième flotte des Etats-Unis. Nous pourrions lier l’opération aux déclarations de Sebastian Gorka — conseiller adjoint à la sécurité du président Donald Trump — lors d’un entretien accordé à Alex Marlow du site d’information Breitbart, site ultra-conservateur pro-Trump. Sebastian Gorka : «  [En mer de Chine méridionale] l’écran de fumée cachant les actions de la Chine se dissipait petit à petit… Au début, la Chine a déclaré qu’elle allait construire des atolls artificiels pour des fins de recherche et de sauvetage. Une action plutôt anodine et désintéressée (…/…) Mais nous savons qu’il ne s’agit pas là de la générosité au profit de tous. Ils [les atolls artificiels] sont là comme installations militaires (…/…) C’est une expansion territoriale. C’est quelque chose qui ne peut vraiment pas être accepté. En tant que tel, nous allons travailler avec nos partenaires et avec les gens qui s’intéressent à la liberté de navigation dans la région. La Chine devra respecter la liberté de circulation sur les voies navigables internationales. »
  • Le 3 Avril, le destroyer lanceur de missiles américain USS Fitzgerald du groupe naval « Strike Group 5 », de la Flotte du Pacifique en mission en mer de Chine méridionale, a jeté l’ancre dans la baie Subic des Philippines, avant de rejoindre la manœuvre navale conjointe en Corée du Sud. L’ambassade américaine aux Philippines : « Le destroyer lanceur de missiles de la classe Arleigh Burke est arrivé dans la baie Subic pour souligner les liens solides entre les Philippines et les Etats-Unis ». À part d’être à l’intérieur de la zone économique exclusive de 200 milles marins (ZEE) des Philippines, le banc Panatag [nom en tagalog du récif de Scarborough] est aussi « une ligne rouge » pour défendre les intérêts militaires et économiques des Etats-Unis. Cette zone est stratégique pour la navigation civile et militaire, y compris les survols en mer de Chine méridionale et du Pacifique. Depuis longtemps, les experts de la défense et de l’action militaire ont prévenu qu’« un défaut du contrôle des activités planifiées de la Chine au banc de Panatag entraînerait une altération majeure de la sécurité maritime régionale en Asie-Pacifique. »
  • Lors d’une rencontre avec l’ancien président philippin Fidel Ramos à Taipei le 31 mars, la présidente du Taïwan, Mme Tsai Ing-wen a demandé une coopération plus étroite avec les Philippines dans plusieurs domaines : le commerce, la prévention des catastrophes et la mer de Chine méridionale. Les Philippines qui prennent la présidence tournante de l’ASEAN cette année, jouent un rôle important dans l’organisation d’une série de réunions de l’Association des pays de l’Asie du Sud-Est parmi lesquelles des discussions visant à élaborer un code de conduite en mer de Chine méridionale.
  • A l’occasion d’une visite d’Etat de six jours du premier ministre malaisien en Inde pour célébrer le 60ème anniversaire de l’établissement de la relation diplomatique entre l’Inde et la Malaisie, les dirigeants des deux pays ont discuté des différends en mer de Chine méridionale. Dans la déclaration conjointe publiée le 2 avril, le premier ministre indien Narenda Modi et son homologue malaisien Najib Razak ont soutenu « la liberté de navigation dans les mers et la résolution des différends par des moyens pacifiques. » L’Inde, la Malaisie et l’Indonésie ont un rôle d’équilibre crucial à jouer dans la région. Une Malaisie forte, à côté de l’Inde, pourrait contrebalancer les actions de Pékin en Asie Pacifique.
  • L’Indonésie va déployer cinq avions de combat F-16 achetés aux États-Unis dans les îles Natuna pour chasser les «voleurs» — selon l’ancien chef d’état-major de l’armée Ryamizard Ryacudu, — deux semaines après des incidents impliquant un navire indonésien et des navires de garde-côtes chinois. Ce déploiement fait partie du renforcement des moyens militaires indonésiens en mer de Chine méridionale : réfection des pistes d’aviation, construction de ports mais aussi augmentation des capacités humaines comme des forces spéciales, des commandos marins, du nombre de frégates, drones et stations radars. L’arrivée prévue sur les îles Natuna de cinq F-16 témoigne de la préoccupation croissante de Djakarta au sujet des conflits territoriaux dans la mer de Chine méridionale qui opposent Pékin à plusieurs de ses voisins de l’Asie du Sud-Est. Le pays s’inquiète aussi des actions entreprises par la Chine pour prendre le contrôle de cette mer stratégique. Certes, l’Indonésie n’est pas partie prenante de ces différends, mais l’incident majeur avec les garde-côtes chinois en mars dernier lors de l’arrestation et de la détention — par la police maritime indonésienne — d’un bateau de pêche chinois montre qu’un conflit avec la Chine reste possible

« Natuna est notre porte d’entrée, si la porte n’est pas gardée, les voleurs entreront (…/…) Il s’agit de l’intérêt du pays. » L’ancien chef d’état-major de l’armée, le général Ryamizard Ryacudu.

  • Pr. Euan Graham, directeur du Programme international de sécurité à l’Institut Lowy (Australie) dans son article intitulé « Que fait la flottille de pêche vietnamienne fait au récif de Scarborough ? » interprète cette présence vietnamienne comme une nouvelle stratégie du Vietnam pour renforcer la décision du tribunal d’arbitrage le 12 juillet 2016 sur la mer de Chine méridionale. Il observe : « Manille a récemment annoncé un mécanisme de coordination bilatérale sur la mer de Chine méridionale, avec Pékin, qui débutera en mai. Cela a probablement suscité des préoccupations diplomatiques du Vietnam (…/…) Le Vietnam, ayant l’une des plus grandes flottes de la région, semble exercer de façon très volontaire ses droits traditionnels de pêche [reconnus par la décision du 12 juillet 2016 de la Cour de La Haye] à Scarborough aussi pour d’autres raisons ! (…/…) Le Vietnam se retrouve être l’un des gagnants du résultat de la sentence de la Cour permanente d’arbitrage, qui rejeté en particulier les réclamations chinoises en ligne de neuf traits. Celles-ci empiètent sur la zone économique exclusive du Vietnam… » Et la reconnaissance par la Cour arbitrale des droits traditionnels de pêche à la Chine, à Taïwan, au Vietnam et bien sûr aux Philippines, au banc de Panatag/Scarborough offre au Vietnam un levier juridique pour impulser la mise en œuvre de cette décision.
  • Le Sous-comité des affaires étrangères de la Chambre des représentants chargé de l’Asie et le Pacifique des États-Unis a réalisé une série d’auditions pour discuter de la réponse politique et diplomatique américaine aux ambitions maritimes de la Chine en mers de Chine méridionale et orientale. Les membres du Congrès voient de plus en plus les ambitions chinoises comme des actes belligérants. Pour le secrétaire de la défense Jim Mattis, les ambitions de la Chine « ont détruit la confiance de ses voisins… » Plus de 5 milliards de dollars de marchandises par an transitent dans ces eaux, y compris la majeure partie de l’approvisionnement en énergie des partenaires américains clés comme la République de Corée, le Japon et Taiwan. Huit des dix ports de conteneurs les plus fréquentés au monde se trouvent dans la région Asie-Pacifique, et près d’un tiers du commerce maritime mondial passe par la mer de Chine méridionale. L’article du magazine américain The National Interest fait apparaitre le dilemme de Washington quant à ce qu’il faut entreprendre face aux agissements de Pékin en mer de Chine méridionale : une réaction forte et concrète au risque de conflit armé avec la Chine ou une inaction préjudiciable aux intérêts des Etats-Unis !

Par Vo Trung Dung et la rédaction.

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