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Donald Trump à la Une d'un journal chinois

États-Unis — Taïwan : Donald Trump prend le risque d’une crise avec la Chine en parlant avec Tsai Ing-wen

Allo, Washington ? Ici Taipei !

Donald Trump, le président élu américain s’est félicité sur Twitter d’avoir reçu un appel de la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen. En ayant cette conversation, il a rompu avec la ligne diplomatique « Chine unique » suivie par les États-Unis depuis 1979, prenant le risque de créer une crise profonde avec Pékin. C’est la première fois depuis des décennies qu’un président américain s’entretient avec un dirigeant taïwanais. Cet appel était-il un accident ? Certains le pensent. Mais en réalité, Donald Trump a agit en connaissance de cause à effet.

En répondant à Tsai Ing-wen, Donald Trump mettrait fin une situation d’hypocrisie au nom de la realpolitik. Quand les pays démocratiques isolent sur le plan diplomatique de façade une autre démocratie. Rappelons que les États-Unis et les pays occidentaux maintiennent toujours une relation diplomatique, économique et même stratégique — le cas de Washington — avec Taipei.

La Maison-Blanche, occupée jusqu’au 20 janvier 2017 par le président démocrate Barack Obama, a réitéré son soutien à la politique de la « Chine unique ». « Il n’y a aucun changement dans notre politique de longue date », a indiqué à l’AFP Emily Horne, porte-parole du Conseil de sécurité nationale (NSC). Et Christopher Hill, ancien secrétaire d’État adjoint pour l’Asie orientale et le Pacifique du républicain George W. Bush, a estimé sur CNN que cet entretien était « une énorme erreur », déplorant la « tendance à l’improvisation » de la future administration Trump. « Ce qui s’est passé ces 48 dernières heures n’est pas simplement une évolution. Ce sont des pivots majeurs en politique étrangère, sans aucune prévision. C’est ainsi que débutent des guerres », a pour sa part tweeté vendredi le sénateur démocrate Chris Murphy. Il a plaidé pour qu’un secrétaire d’État soit nommé « vraiment, vraiment rapidement » et « avec de l’expérience, c’est préférable ».

Tandis que Pékin a « protesté solennellement » auprès des États-Unis. Et Taipei fait plutôt le profil bas et minimise la portée de l’entretien téléphonique.

Cette conversation en apparence anodine rompt avec quarante ans de tradition diplomatique avec Pékin et Taipei, selon Le Figaro. En effet, depuis 1979 les États-Unis ont rompu leurs relations diplomatiques avec Taïwan, ne reconnaissant que la politique de la « Chine unique ». Taïwan est de facto séparée de la Chine depuis la fin de la guerre civile en 1949, lorsque l’armée nationaliste du Kouo-Min-Tang (KMT) s’était réfugiée dans l’île après sa défaite face aux communistes. Mais Pékin estime que l’île, qui s’est baptisée « République de Chine » depuis 1945, lui appartient.

En acceptant un entretien avec Tsai Ing-Wen, qu’il a appelée par le titre de « présidente », Donald Trump inflige un affront à la Chine, en donnant l’impression d’encourager le mouvement indépendantiste à Taïwan, alors que Pékin cherche à l’étouffer, comme estime Le Figaro dans un article récent. Le Figaro rappelle aussi que l’événement est d’autant plus sensible que les relations entre Pékin et Taïwan sont tendues depuis l’élection de Tsai Ing-Wen en début d’année. Notamment parce qu’elle prône une position de fermeté face à Pékin, et dont le parti pousse à l’indépendance.

Face à ces critiques, Donald Trump s’est défendu dans nouveau tweet : « Intéressant le fait que les États-Unis vendent des milliards de dollars d’équipement militaire à Taïwan mais [que] je ne devrais pas accepter un appel de félicitations » rapporte le quotidien français Les Échos. Rappel : les États-Unis sont le principal allié politique et le principal fournisseur d’armes de Taïwan malgré l’absence de relations diplomatiques officielles.

Un éditorial du Quotidien du people, porte-voix du Parti communiste chinois, conseille de ne pas voir seulement dans les tweets incriminés « inexpérience » ou naïveté. « Certains disent que Trump n’a pas d’expérience en diplomatie ou en affaires militaires mais en réalité, il a ses propres positions », et le souci, c’est qu’elles « ne sont pas compatibles avec la logique fondamentale des relations sino-américaines », insiste le journal.

L’appel avec Tsai Ing-wen a été le fruit de « longs mois de préparations et de délibérations » au sein de l’équipe du futur 45ème président, assurait dès les jours suivants le Washington Post, citant différents conseillers proches du milliardaire. La présidente de Taïwan « figurait très tôt dans la liste » des dirigeants étrangers à contacter, expliquait ainsi Stephen Yates, ancien responsable de la sécurité nationale, assurant que le prévisible courroux de Pékin avait été pris en compte et que Donald Trump était déterminé à tenir tête à la Chine.

« Nous avons déjà transmis une protestation solennelle à la partie américaine concernée. Il faut insister sur le fait qu’il n’existe qu’une seule Chine et que Taïwan est une partie inaliénable du territoire chinois», a indiqué dans un communiqué le ministère chinois des Affaires étrangères. De son côté, le quotidien étatique China Daily enjoint à ce « bleu en diplomatie » de prendre un cours accéléré en realpolitik. « Trump peut bien mépriser le personnel diplomatique traditionnel de Washington, mais il devrait d’abord maîtriser la réalité des relations internationales, non pas seulement une vision fantasmée, avant de manier le scalpel », souligne China Daily. A en croire le journal, si Pékin réagit pour le moment avec une certaine modération aux « ballons d’essai » de Donald Trump, cela pourrait ne pas durer. « En tant que président élu, Trump peut tabler sur une certaine indulgence quand il s’exprime. Il en sera autrement quand il sera président », au risque de « coûteuses complications » pour les États-Unis, avertit le journal.

Voilà comment un coup de fil pourrait changer l’équilibre du monde !

 

Par La Rédaction.

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Notes de la rédaction : Nous inaugurons avec cet article — pour votre magazine numérique — une récente forme de revue de presse dite de « curation du contenu ». Il s’agit de sélectionner et de contextualiser des articles de différentes sources traitant du même sujet.

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