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Asie-Pacifique : Mission Jeanne d’Arc 2017 de la Marine française — Crédit photo © Marine Nationale française.

La France en Asie-Pacifique : le point névralgique des nouvelles actions militaires et diplomatiques françaises

Le futur probable du «  pivot » français vers l’Asie-Pacifique. Après des années de désintérêt, voire d’absence, l’actuelle «  mission Jeanne d’Arc » en Pacifique signe le retour — encore timide — de la France dans cette partie du monde.

Même l’observateur qui ne suit pas au jour le jour les aléas de la diplomatie française peut être interloqué du retournement. L’Asie de l’Est et du Sud-Est est devenu aujourd’hui l’un des points névralgiques de l’action extérieure de la France après plusieurs années où la zone paraissait le parent pauvre.

Moment symbolique de cette nouvelle tendance : en mars 2017, François Hollande s’envolait pour la dernière tournée internationale de son quinquennat avant de laisser les clés de l’Elysée — et accessoirement de sa position de chef des armées. Et la destination choisie n’avait pas toujours les faveurs des anciens locataires du Faubourg Saint-Honoré : Singapour, la Malaisie et l’Indonésie. Dans ce dernier pays, il s’agissait même de la première visite d’un chef de l’Etat français depuis 1986. Et si à Singapour, les principales discussions ont largement tourné autour de questions économiques. François Hollande avait emmené avec lui pas moins d’une quarantaine de dirigeants d’entreprises et la rencontre avec le président malaisien avec un tour plus militaire. Le président de la République a d’ailleurs été reçu aux côté de Jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense. D’autant que la Malaisie est aujourd’hui l’un des principaux Etats intéressés — mais pas encore client — du Rafale, l’avion de combat de technologie française.

Autre annonce montrant le retour de la France, dans la région : l’envoi fin avril de la force militaire dite «  mission Jeanne d’Arc »  un groupe de marins principalement constitué d’officiers en train d’achever leur formation, plus un détachement de la Royal Navy britannique et qui s’entraîneront aux côtés de l’armée japonaise en mer de Chine. Cette mission qui avait déjà collaboré avec les « forces d’autodéfense »  nippones au printemps 2016 dans le golfe d’Aden, marquant déjà un premier rapprochement entre les armées des deux pays. Mais la tenue d’exercices directement dans le Pacifique donne à cette coopération une autre dimension, et marque un retour actif de la France dans cette région.

Cette coopération aura une autre particularité  : la mission Jeanne d’Arc sera appuyée par deux hélicoptères Merlin de la Royal Navy britannique ainsi qu’une soixantaine de soldats de la marine du Royaume-Uni. De même, 125 Marines américains embarqueront à bord du Mistral pour, là aussi, des « exercices », alors que les soldats US multiplient les manoeuvres communes avec la Corée du Sud et surtout le Japon, en pleine crise nord-coréenne, où le dérapage peut intervenir à tout moment. Si la situation franchit la ligne rouge à ce moment-là, la France bon gré mal gré pourrait se retrouver en première ligne.

L’Asie, l’enjeu diplomatique du prochain quinquennat

Autant dire que la politique asiatique du prochain président français est une question majeure, qui — mais c’était à prévoir — ressort très peu dans le débat politique, centré sur la Russie et la zone syro-irakienne. Dès 2013, le gouvernement affirmait sa volonté d’effectuer un « pivot » vers l’Asie, une dénomination qui n’est pas sans rappeler les termes utilisé par Washington dès 2009. Depuis, la France multiplie les signaux d’une volonté de collaboration vers la zone, et notamment l’Asie du Sud-Est, multipliant notamment les initiatives avec l’Asean Commitee in Paris (ACP) un groupe réunissant les dix ambassadeurs des pays de l’ASEAN.

Mais il serait réducteur de ne considérer la diplomatie française en Asie du Sud-Est comme n’étant que strictement économique. Depuis le 18 mars dernier, un groupe naval constitué du bâtiment de projection et de commandement (BPC) Mistral et la frégate Courbet a débuté une mission militaire dans la région pour assister les Etats de l’ASEAN dans la structuration d’une sécurité régionale. Le 12 avril, les bâtiments français ont franchi le détroit de Malacca, se trouvant maintenant au cœur de la région jusqu’à l’été. Ils ont fait et feront escale amicale et visite officielle des ports dans plusieurs pays de la région. Le nouveau président qui sera élu, arrivera donc à l’Elysée, en tant que chef des armées, avec des troupes hexagonales présentes dans les deux mers de Chine.

Restera la question sensible, centrale même en diplomatie, de pouvoir imposer sa place dans la région sans indisposer ni ses partenaires ni les voisins régionaux. Cet partenaires européens, la volonté de désengagement britannique -voire américain même si la stratégie Trump reste peu visible sur le long terme- ouvre des opportunités. Mais c’est la Chine qu’il faudra à la fois ménager, tout en sachant adopter une position adéquate. A fortiori dans le contexte du développement des routes ouvertes par le projet de « la route de la soie » (One Belt, one road officiellement). Symboliquement, on rappellera que depuis avril 2016, la ville de Wuhan est directement reliée à Lyon…

Par Damien Durand

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