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Illustration JEFTA Union européenne Japon. Dessin ©DR

L’UE et le Japon ont signé le JEFTA en réponse au protectionisme de Donald Trump

Le mardi 17 juillet 2018, au cours du sommet UE-Japon tenu à Tokyo, les présidents Jean-Claude Juncker et Donald Tusk ainsi que le Premier Ministre Shinzo Abe, ont signé ensemble le JEFTA (Japan-UE free trade agreement), autrement dit l’Accord de libre-échange Japon-Union européenne. Un accord commercial historique en réponse à la politique protectionniste de Donald Trump.

Ce pacte historique entérine des discussions ouvertes en 2013. Avec le JEFTA, il s’agit du plus important accord négocié par l’UE, qui porte sur une zone économique représentant près d’un tiers de l’économie mondiale et affectant plus de 600 millions d’habitants.

Le texte prévoit la réduction ou la suppression progressive des droits de douanes sur la quasi-totalité des produits échangés entre les deux partenaires — 94% des produits importés européens et 99% des importations en provenance du Japon — mais ce, parfois à l’issue de périodes de transition pouvant atteindre 15 ans.

Levée des droits de douanes dans les secteurs agroalimentaire et automobile

L’Union européenne dont les exportations à destination du Japon représentent plus de 86 milliards d’euros par an, obtient de cet accord la levée des droits de douanes sur 85% de ses produits agroalimentaires, tel que le fromage, le porc et le vin. Le Japon s’engage également à reconnaître plus de 200 indications géographiques comme le Roquefort, le Jambon d’Ardenne belge ou la vodka polonaise, qui bénéficieront « du même niveau de protection qu’en Europe ». Le riz, produit à forte valeur symbolique pour les Japonais, reste exclu de cet accord.

Le Japon, quant à lui, a négocié un libre accès au marché européen pour son industrie automobile et électronique, à l’issue d’une période transitoire fixée respectivement à 5 et 7 ans. Ainsi, les 10% de taxes d’importations imposés par l’UE sur les voitures japonaises disparaîtront dès 2027.

En outre, cet accord permettra l’ouverture des marchés de services, en particulier de services financiers, de télécommunications, d’e-commerce et de transports ; et comprendra un chapitre sur le développement durable. Enfin, les deux parties ont également signé un accord de partenariat stratégique qui vise à consolider la coopération bilatérale dans d’autres domaines tels que la défense et le changement climatique.

Un signal fort contre le protectionnisme américain

Si le nom de Donald Trump n’a été mentionné à aucun moment, il est évident que la signature de cet accord entre l’UE et le Japon vise à faire bloc face à l’approche protectionniste et isolationniste du président américain. En effet, celui-ci a retiré les Etats-Unis du Partenariat transpacifique (TPP) dont fait partie le Japon, et a récemment imposé des taxes sur l’acier et l’aluminium européens, et menace désormais l’automobile européenne de mesures protectionnistes.

A l’aube d’une guerre commerciale menée par les Etats-Unis contre ses partenaires commerciaux, la volonté des deux parties a été d’envoyer « un message clair disant » qu’ils font « front commun contre le protectionnisme » selon les déclarations de Donald Tusk.

« La signature de cet accord de partenariat économique montre au monde la volonté politique inébranlable du Japon et de l’Union européenne de se faire les champions du libre-échange et de guider le monde dans cette direction alors que s’est répandu le protectionnisme », a ajouté le Premier ministre japonais au cours d’une conférence de presse.

 

 

Un accord qui ne fait pas l’unanimité

Le texte doit être soumis au Parlement européen et à la Diète (le parlement japonais, ndlr) d’ici la fin de l’année afin d’être ratifié, avant d’entrer en vigueur en mars 2019, c’est-à-dire après la sortie du Royaume-Uni de l’UE. Contrairement à l’accord commercial entre l’UE et le Canada (CETA), le JEFTA ne passera pas par tous les parlements nationaux. Une méthode que critiquent vivement l’Italie et certaines ONG telles que Le Veblen Institute et la Fondation pour la nature et l’Homme, qui dénoncent un « accord climaticide » et un manque de transparence.

Le JEFTA inquiète aussi l’industrie automobile européenne qui verra le prix des voitures japonaises plus compétitif. En particulier, l’industrie automobile allemande !  Pour Michel Hermans, professeur à l’Université catholique de Louvain (UCL, Belgique), déclare sur la chaine RTBF« Cette suppression de la barrière de 10 % va peut-être faire mal, non pas aux voitures françaises, mais aux voitures allemandes qui sont dans le collimateur, et des Américaines, et du monde entier. A cause du Dieselgate, c’est vraiment les Allemands qui ont peur de voir un effondrement de leur industrie automobile. »

En attendant, l’Union européenne et le Japon se sont engagés à poursuivre les négociations autour des questions de normes de protection des investissements et de règlements des différends, sur lesquelles les deux parties peinent encore à trouver un consensus.

Par Nguyễn Thùy Khang (Rédactrice stagiaire, étudiante en Master Relation internationale à l’INALCO, Paris). Avec Vo Trung Dung et dépêches d’agence.

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Mis à jour du 26/07/2018 : 

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker et le président américain, Donald Trump viennent de créer la surprise en annonçant une sorte de trêve dans la guerre commerciale douanière que livre Washington à l’encontre d’UE, la Chine et ses partenaires. Rien n’est gagné pour l’UE mais des négociations vont s’engager pour déboucher sur un compromis acceptable…

Par la Rédaction.

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