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Images by DigitalGlobe, via the CSIS Asia Maritime Transparency Initiative, and CNES,

Mer de Chine méridionale : la Chine et l’élément nucléaire dans la balance du conflit

Dans son rapport annuel, le ministère américain de la Défense — le Pentagone — vient d’attirer l’attention de son administration sur le projet chinois visant à introduire des centrales nucléaires flottantes sur les îles et récifs disputés en Mer de Chine méridionale. Pékin projette de les mettre en place avant 2020. 

« Le plan de la Chine pour alimenter (en énergie) ces îles pourrait ajouter un élément nucléaire au différend territorial », a indiqué le Pentagone dans son rapport au Congrès 2018 intitulé « Développements militaires et sécuritaires impliquant la République populaire de Chine ».

Ce rapport mentionne également que la Chine «  entraine ses bombardiers à viser des objectifs américains et alliés en Pacifique occidental, y compris l’île de Guam. » En août 2017, six bombardiers chinois H-6K ont traversé le détroit de Miyako, au sud-ouest des îles japonaises, puis, pour la première fois, se sont dirigés vers l’est à Okinawa, où sont basés 47 000 soldats américains.

Selon un document publié en 2016 par China Securities Journal, un journal financier chinois, la Chine pourrait construire jusqu’à 20 centrales nucléaires flottantes pour « accélérer le développement commercial » de la Mer de Chine méridionale, a rapporté le South China Morning Post l’année dernière. En 2017, plusieurs sociétés d’État chinoises ont ainsi créé un consortium d’entreprises qui travaillent à renforcer les capacités de la Chine en matière d’énergie nucléaire, conformément à ses ambitions de « devenir une puissance maritime forte », a ajouté le journal.

Pékin revendique entre 80 et 90% — selon les différentes méthodes de calcul — de la Mer de Chine méridionale dont le trafic maritime représente environ 3,4 milliards de dollars de commerce mondial chaque année. Cinq autres pays — principalement les Philippines et le Vietnam — ont également des revendications dans les eaux : souveraineté et droits de pêche, exploration des ressources naturelles qui en découlent.

Les relations militaires entre la Chine et les États-Unis se sont détériorées récemment, l’administration Trump révoquant en mai l’invitation de Pékin à participer aux exercices navals du Pacifique (RIMPAC) en raison de ses activités dans des parties disputées de la mer. La Chine a récupéré 3 200 acres de terre dans les îles  Spratleys et les a militarisé avec des ports, des pistes et d’autres infrastructures militaires.

« Le meilleur scénario pour la région serait que la Chine reconsidère la source d’approvisionnement en électricité de ses îles contrôlées, ou au moins un retard dans le déploiement de la flotte des réacteurs », a écrit Viet Phuong Nguyen, chercheur nucléaire à l’Institut coréen des sciences et de la technologie, dans The Diplomat ce mois-ci.

Dans tous les cas de figure, la présence future des centrales nucléaires flottantes chinoises augmentera la tension déjà très forte en Mer de Chine méridionale. Pékin y ajoutera des risques nucléaires potentiels : accident dû à la non-maîtrise de la jeune technologie, avaries diverses, piraterie. Et l’objectif du projet chinois est multiple. Il renforcera à la fois la capacité opérationnelle et l’autonomie de ses îles artificielles et en fera une sorte de « bouclier » nucléaire passif — des mini-Chernobyl potentiels — prévenant toute éventuelle action hostile.

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Réaction d’experte : Morgane Farghen, spécialiste des questions nucléaires et chercheuse à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS)

« Le projet chinois d’installer des centrales nucléaires flottantes en Mer de Chine du Sud sur les zones litigieuses met la région en émoi depuis que le Pentagone a repris cette information — d’origine chinoise — dans un rapport officiel. Dans le prolongement des actions de faits accomplis précédentes, ce projet renforcera les positions chinoises, mais il revêt aussi — et c’est là que réside tout le problème : une dimension dissuasive !

Dans le contexte des litiges maritimes et des tensions permanentes, ces projets ont pour fonction implicite de continuer à sanctuariser cet espace en élevant toujours un peu plus le coût d’actions plus offensives aux parties en face. Quelle puissance en effet, prendrait le risque d’une catastrophe nucléaire pour récupérer les acres de terres pris d’autorité par la Chine ? Éthique de la dissuasion : Transformer les centrales nucléaires en bouclier et en armes de dissuasion relève d’une forme de génie maléfique : Quelle puissance occidentale oserait envisager une politique de dissuasion aussi sordide ? »

 

Par la Rédaction avec agences.

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