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Extrait du film Ciel rouge. Ici les comédiens principaux Audrey Giacomini et Cyril Descours — Crédit photo © DR/La production

Cinéma : Faites la guerre pour l’Amour, Ciel rouge, un film d’Olivier Lorelle

Le film « Ciel rouge » d’Olivier Lorelle, qui vient de sortir sur quelques écrans français, avec les excellents comédiens Audrey Giacomini et Cyril Descours se laisse regarder agréablement. Les spectateurs tenant du réalisme politique documentaire hurleraient leur désespoir devant l’écran, resteraient sans voix à écouter le personnage Thi parler français de 2017. Les amateurs de l’histoire romanesque apprécieraient la belle force de l’Amour et les paysages à couper le souffle du Nord Vietnam.

Tonkin, 1946. Philippe, soldat français doute de son engagement dans la guerre d’Indochine. Alors qu’il pensait se battre contre les Japonais, c’est aux réalités brutales d’un conflit colonial qu’il est confronté. Lorsqu’il est amené à torturer Thi, une jeune Viêt Minh avant son exécution, il décide de prendre la fuite avec elle dans le maquis.

Premier film français tourné au Vietnam depuis Indochine de Régis Wargnier il y a déjà 25 ans, Ciel rouge est aussi le premier long métrage d’ Olivier Lorelle. Comme le remarquable Soldat Blanc d’Eric Zonca au sein duquel Olivier Lorelle occupait la fonction de scénariste, Ciel rouge traite du sujet du conflit indochinois et des ralliements de certains déserteurs français au Viêt Minh, le mouvement communiste et indépendantiste vietnamien. Dans Ciel Rouge, la thématique des ralliés est toutefois abordée sous l’angle de la romance plutôt que de celui du cinéma de guerre comme le pouvait le faire Soldat Blanc.

Mais là où Soldat Blanc apportait une précision quasiment documentaire et un certain équilibre des récits entre les protagonistes de la guerre d’Indochine qu’ils soient vietnamiens de tout bord ou français, Ciel Rouge privilégie uniquement le narratif révolutionnaire vietnamien. Le film semble librement inspiré pour Philippe  du destin d’Albert Clavier  militant communiste rallié au Viêt Minh et du livre « Áo Dài, du Couvent des Oiseaux à la Jungle du Viet-Minh » de Xuân Phương pour le rôle de Thi.

Il en résulte que le film souffre sans doute des défauts d’un discours historique un peu naïf et non sans lourdeurs sur le Viêt Minh, une lecture que les historiens qualifieraient aujourd’hui de  « résistancialiste  » dans sa propension à accepter sans recul une certaine mythification du récit révolutionnaire.

Mais l’Histoire n’est pas le propos principal du film « La guerre n’est qu’en toile de fond pour exalter l’histoire d’amour entre les deux personnages ! » explique le réalisateur dans une interview dans un média vietnamien . Ciel rouge ne prétend pas d’ailleurs pas être un film de guerre ni de vraiment raconter le conflit indochinois. « C’est avant tout une histoire d’amour qui en fait pourrait se passer pendant une autre guerre que celle d’Indochine. » indique Audrey Giacomini actrice principale dans le rôle de Thi.

Et c’est la force du film de présenter une idylle enfiévrée portée par le jeu de leurs acteurs Cyril Descours et Audrey Giacomini. Les acteurs croient pleinement en leur sujet et font ressortir à l’écran leurs convictions. Le ralliement de Philippe à Thi ne se comprend alors pas tant comme à une idéologie qu’à celui à un amour désespéré où le sacrifice à l’Autre passe par celui de sa propre patrie. A mesure que le film bascule dans une romance légère et sans prétentions mais délicate, Ciel rouge prend alors un certain charme poétique où la caméra d’Olivier Lorelle nous transporte par son regard sur les plus beaux paysages du Nord Vietnam de la région du lac du lac de Ba Bể et des vallées du Hà Giang.

Par Pham Quang


Notes : Le titre et le sous-titre sont de la rédaction.

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