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La Chine, grande gagnante de la CoVid-19 ?

Point de vue | La question choque, mais nous allons ici montrer pourquoi ce n’est plus une question, mais, pour nous, une certitude, et ce pour trois raisons : la Chine à la différence du reste du monde maîtrise la pandémie, l’économie chinoise sera la seule grande économie en croissance en 2020, l’image internationale de la Chine, aujourd’hui dégradée, va se redresser dès 2021.

Un succès sanitaire obtenu par un État policier. La pandémie de Covid-19 partie de Chine, quoi qu’en dise la désinformation chinoise, y est maîtrisée, les cas très rares sont tracés, isolés, traités. Même si la troisième vague oblige Pékin à confiner en ce moment plus de 20 millions d’habitants de Hebei. La propagande chinoise officielle fait de l’incapacité des pays occidentaux à maîtriser la maladie une démonstration de la supériorité du modèle chinois.

La confuse élection américaine contestée par le « twittomaniaque » président Donald Trump qui provoque la tentative de prise de contrôle du Capitol, les images des hôpitaux américains débordés sont diffusées à plaisir sur les médias chinois où rien ne circule sans l’imprimatur d’une censure omnipuissante. Succès sanitaire évident, mais que seuls les moyens de coercition de masse obtinrent, au prix de la fermeture totale de villes de plusieurs dizaines de millions d’habitants, obligation de traçage électronique.

Le vaccin chinois de Sinopharm, malgré une autorisation de mise sur marché (AMM) « conditionnelle », est déjà massivement inoculé ; en Chine, ce ne sera pas un choix, mais une obligation. Quand les démocraties occidentales lutteront encore fin 2021 pour éradiquer les foyers infectieux dus au refus de certains de se faire vacciner, voire dépister, la Chine se portera de mieux en mieux.

La grande marche en avant de l’économie chinoise. Pour reprendre cette formule du « Grand timonier » que le président Xi Jinping ambitionne d’égaler en projetant d’annexer Taïwan, alors que les économies occidentales sont encalminées par la perte de production provoquée par les mesures de confinement et que l’économie mondiale sera en récession en 2020, celle de la Chine est déjà repartie avec plus de 4,9 % au troisième trimestre 2020, et, selon les dernières prévisions du FMI, devrait être en 2021 plus de 7,9 %.

La Chine court quand les économies concurrentes titubent. La Chine qui a d’ores et déjà rattrapé les États-Unis d’Amérique en matière de PIB à parité de pouvoir d’achat pourrait être dès 2021 le plus grand marché intérieur de produits de masse, assurant le succès de la stratégie de « double circulation » publiée par XI de rééquilibrage du modèle de croissance chinois par la réduction de la part du commerce extérieur. D’ores et déjà, Donald Trump a perdu sa guerre commerciale, le déficit américain s’étant creusé depuis ses gesticulations.

Un spectaculaire redressement d’image dès 2021. L’omerta chinoise sur la pandémie au printemps dernier et son obstruction à toute enquête sérieuse de l’OMS sur ses origines le contraste entre une Chine qui se guérit de la « grippe de Wuhan » — slogan trumpiste, — et l’hécatombe ailleurs a fortement dégradé l’image internationale de la Chine selon les études de l’Institut Pew.

Il y a un consensus politique dans la critique de la gestion de la crise provoquant un durcissement dans le discours marqué par un communiqué très dur des Européens en juin 2020 sur la répression des Ouïghours et à Hong Kong. Le président XI a qualifié ses politiques de « correctes » et rejeté tout droit d’ingérence.

Provocation ? C’est plutôt un jeu à plusieurs coups d’avance.

Un, les économies du monde ne peuvent se découpler du moteur chinois, en témoigne le traité RCEP initié par l’Asean ou bien l’accord UE-Chine sur les investissements qui sera soumis aux parlementaires.

Deux, la Chine, membre actif de l’OMS et du programme COVAX de mise à disposition du monde de vaccins, forte de son industrie pharmaceutique, a engagé des programmes de coopération en matière de vaccins contre la CoVid avec de très nombreux pays asiatiques, africains et sud-américains. Demain, et c’est notre prédiction ici, quand les pays riches surstockeront égoïstement les vaccins, abandonnant les pays pauvres à la pandémie, la Chine va engager un programme humanitaire, devenir LA puissance philanthrope.

2021 sera l’année du spectacle humaniste de la Chine. L’administration Biden-Harris empêtrée dans la débâcle sanitaire et économique provoquée par le négationnisme de Trump sera bien en mal de rivaliser. L’Europe, la France tenteront quelques mesures de contre-communication, mais, n’auront pas les moyens financiers de contrebattre la propagande chinoise associant les « Nouvelles routes de la soie » (Belt and Road Initiative) et soutiens à la vaccination des pays en voie de développement. Les initiatives privées, comme celles de la Fondation Bill et Mélinda Gates, ne suffiront pas à couvrir le bruyant silence des pays occidentaux.

Christophe Stener

Diplômé de Sc Po Paris (1987) et de l’ENA (1981)

Professeur de géostratégie de l’Asie du Sud-Est à l’Université Catholique de l’Ouest

Auteur de « La chute de l’État islamique de Daech, une victoire sans la paix », BoD, 2019


 

Illustration de Une : « CoVid-19, l’état confiné » de © Shahul Mameed, artiste peintre et illustrateur originaire de Kerala, Inde. Il vit et travaille actuellement à Dubai.

 


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